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Les ateliers Varan
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articles parus dans la presse ainsi que les publications
des cinéastes Varan.

Article paru le 20 Octobre 2001 - Rubrique CULTURES
Cinéma. Les ateliers Varan soufflent
leurs vingt bougies. Ou comment le documentaire peut aider
les pays à l'indépendance neuve ou sans images
d'eux-mêmes.
Les ateliers Varan viennent de fêter
leurs vingt ans. Discrètement, en projetant ce mois-ci
un florilège de leurs productions les plus récentes
à l'UNESCO. Drôles d'agapes cinématographiques
pour une histoire épique qui a débuté
au Mozambique en 1978, sous l'impulsion de Jacques d'Arthuys,
alors attaché culturel dans ce pays. Jean Rouch,
autre père fondateur, qui participa aux côtés
de Godard à l'expérience mozambicaine, parle
de la naissance de ces ateliers comme des " noces de
la nouvelle vague française et du cinéma ethnographique
" : à l'autodétermination des peuples
que venait affirmer la jeune République mozambicaine,
devait correspondre la capacité pour une société
naissante, de se regarder ou de se (re)découvrir
grâce au cinéma direct.
Quatre séances pour vingt bougies,
n'est-ce pas un peu court pour célébrer cette
association (loi 1901), devenue au fil des années
une école de cinéma spécialisée
dans le documentaire, reconnue sur le plan international
?
Depuis leur création (officielle)en janvier 1981,
les ateliers Varan ont, en effet, formé 800 stagiaires,
qui ont réalisé à peu près autant
de films. En fait, les projections organisées dans
la salle de cinéma du Palais " corbusien "
présentant les films tournés dans le cadre
des récents ateliers roumain, colombien, mauricien
et cambodgien, ont révélé, en l'actualisant,
la quintessence de la démarche initiée par
cette école unique en son genre : apprendre à
de jeunes cinéastes (pour l'essentiel de pays en
voie de développement) à réaliser des
films qui échappent à l'envahissement des
modèles culturels standard, qui témoignent
de l'évolution et de la transformation dessociétés,
ou encore qui constituent des archives audiovisuelles sur
les traditions. Une programmatique que les intéressés
résument d'un trait : " Mieux se connaître
afin de se faire mieux connaître du reste du monde.
" Catalina Villar, colombienne de naissance, parisienne
d'adoption, cinéaste et membre de l'équipe
pédagogique des ateliers qui comptent une vingtaine
de professionnels du cinéma, est entrée à
Varan en 1987. Pendant la " grande " période,
celle où l'atelier parisien, chaudron cinématographique
et cosmopolite, accueillait des stagiaires du monde entier
(dont le séjour était pris en charge par le
Quai d'Orsay et les institutions des pays demandeurs). Ils
se retrouvaient pendant trois mois dans la ville Lumière
pour apprendre à lire et à écrire une
nouvelle langue, faite d'images et de sons. " Nous
venions tous et toutes de pays où le cinéma
n'existait pratiquement pas, et nous découvrions
soudain cet outil extraordinaire. C'était une jouissance
incroyable, se souvient-elle, doublée d'une expérience
humaine unique. J'ai effectué mon stage aux côtés
d'un vétérinaire laotien et de pêcheurs
de la Nouvelle-Guinée. ". Chaque atelier se
transformait ainsi en un lieu d'apprentissage du cinéma,
au sens strict, du collectif et de l'échange interculturel
au sens large.
Autres temps, autres mours. L'esprit perdure
mais les modalités ont changé.
Désormais, Varan forme, dans ses locaux nichés
au fond d'une impasse du 11e arrondissement, des documentaristes
français (Julie Bertuccelli, Claire
Simon ou Dominique Gros sont passés par là)
et tire de cette activité l'essentiel de ses recettes.
Mais les membres de l'équipe continuent d'intervenir
directement dans les ateliers étrangers, souvent
créés à l'initiative d'anciens stagiaires
de Varan, dont l'obstination a fini par convaincre les autorités
locales. " La prise en charge d'un stagiaire qui faisait
auparavant le voyage jusqu'à Paris représente
20 % du budget total d'un atelier, compris entre 600 000
et 1 million de francs ", souligne Jean Lefaux, qui
a supervisé la mise en place des ateliers roumain
(1993) et mauricien (2000). " Depuis les années
1990, avec l'appui financier du ministère des Affaires
étrangères, d'organismes internationaux et
des autorités locales, nous formons un plus grand
nombre de cinéastes et nous achetons du matériel
(caméras, bancs de montage, etc.), qui restera ensuite
sur place pour contribuer à assurer l'autonomie du
groupe. " Une autonomie qui est loin d'être acquise.
Si Varan a essaimé dans une vingtaine de pays, ce
fut parfois pour des expériences éphémères,
principalement en raison de l'absence de débouchés,
tant nationaux qu'internationaux (malgré des sélections
régulières dans les plus importants festivals
de documentaires du monde). Le paradoxe veut que la caution
internationale soit même indispensable pour que les
films issus des ateliers trouvent un écho local,
garant de la pérennité de l'expérience.
C'est ce qui s'est passé e Colombie, où la
sélection au Cinéma du réel 2001 d'un
film Varan a débouché sur l'intégration
de l'atelier colombien au Fonds mixte pour le cinéma,
pendant local du CNC. Une exception qui confirme la règle.
" Un atelier peut s'exténuer très vite
", commente Lefaux. " Dans la quasi-totalité
des pays où nous avons animé des ateliers,
les télévisions ne diffusent jamais de documentaires,
qui plus est réalisés par des locaux. "
L'atelier roumain a, certes, donné naissance à
Ciné 12, une structure de production, dans laquelle
des cinéastes tels qu'Elena Raicu, Calin Uta ou encore
Anca Hirte (qui a coréalisé le très
remarqué De la chute, film de témoignages
de rescapés du camp de rééducation
de Pitesti qui a fonctionné pendant le règne
de Ceausescu, projeté aux Ecrans documentaires de
Gentilly et aux Etats généraux du documentaire
de Lussas, l'an dernier) continuent à produire des
films. Au prix d'énormes difficultés économiques,
notamment parce que leur travail s'attaque à une
société fragmentée, qui pourtant persiste
à s'imaginer structurée par une identité
culturelle monolithique (l'orthodoxie, notamment). Dans
ces conditions, des films sur la communauté juive
de Bucarest ou sur l'histoire d'un Hongrois en Transylvanie
dérangent forcément.
Sous d'autres latitudes, les cinéastes
formés par Varan ont connu les mêmes difficultés
pour sortir de schémas culturels ou visuels préétablis
et inventer leur propre façon de faire du cinéma.
" J'ai dû convaincre les apprentis cinéastes
de l'atelier de Bogota, originaires de toutes les couches
sociales, de ne pas penser à ce qu'on doit dire et
raconter sur ce pays. Ils ont dû rompre pour eux-mêmes
certains codes télévisuels, mais également
chez les gens qu'ils filmaient, qui, dès que la caméra
tournait, faisaient comme s'ils s'adressaient à toute
la Colombie ! ", s'amuse Catalina Villar. " Mais,
progressivement, le long temps de tournage a permis que
s'établisse une véritable relation entre filmeurs
et filmés, où chacun a appris à obtenir
une image juste - bien que cinématographiquement
construite - de lui-même et de sa réalité
quotidienne, que les histoires se déroulent au sein
de la haute bourgeoisie ou dans un quartier défavorisé
de Bogota. " L'expérience colombienne est caractéristique
de la volonté des promoteurs des ateliers Varan de
pratiquer un recrutement le plus ouvert possible, représentatif
des différentes réalités sociologiques
du pays, et de transformer les ateliers en " un microcosme
de la société " où s'élabore,
tant individuellement que collectivement, une autre image
de celle-ci. En ce sens, le projet Varan est politique,
l'expérience sud-africaine ayant, à cet égard,
durablement marqué l'historiographie des ateliers
(voir encadré).
Actuellement, l'équipe Varan démarche
de nouveaux partenaires financiers,
comme l'Union européenne, pour élargir le
spectre de ses interventions. Dans son pays, Catalina Villar
essaie d'ouvrir trois nouveaux ateliers à Bogota,
Medellin et dans la zone démilitarisée contrôlée
par les Forces armées révolutionnaires colombiennes
(le principal mouvement de guérilla du pays).
Jean Lefaux parle, quant à lui, de créer en
Bosnie un atelier auquel participeraient des stagiaires
venus de tous les coins du pays et qui iraient tourner des
films dans les zones, aujourd'hui divisées, et qui
étaient unies avant la guerre. Vingt ans plus tard,
les Varans ont pris quelques rides. Mais leur foi reste
intacte.
Emmanuel Chicon
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