Pierre Baudry (28/01/1948 - 15/02/2005)
Critique de films, scénarios, réalisations, enseignement du cinéma
et de la télévision (en université, dans des écoles
professionnelles).
Directeur de publication de La Revue Documentaires.
Membre Varan de 1982 à 2005.
Pierre Baudry à Varan : le théoricien
empiriste.
"Pierre Baudry a rejoint les ateliers Varan très vite, peut-être
deux ans après leur création en 1981. C’était la
première fois qu’un “théoricien“ - même
s’il était aussi scénariste et réalisateur - nous
rejoignait.
À Varan notre marque de fabrique était de pratiquer l’apprentissage
dans l’action. Faire, passer à l’acte, apprendre de ses erreurs
dans un esprit d’atelier étaient les maîtres mots. Le pragmatisme
était notre religion. Nous nous réclamions du cinéma direct,
mais nous ne théorisions pas beaucoup autour de notre style. Faire nous
paraissait plus urgent que penser sur.
Pierre s’est très vite intégré au groupe, et il n’a
pas mis en avant tout de suite ses talents de théoricien. Il a d’abord
surtout participé à la marche des ateliers en intervenant dans
les stages comme nous tous.
Bien sûr, lorsqu’il fallait analyser un film, c’est souvent
lui qui était sollicité.
Pour affirmer que cinéma documentaire et de fiction ne font qu’un,
nous projetions toujours au moins une fiction aux stagiaires. Je me souviens
avoir vu avec lui peut-être dix fois “L’étranger du
Nord Express“ de Hitchcock, avec un plaisir toujours renouvelé.
Et puis petit à petit, au gré des nécessités, lorsque
nous éprouvions le besoin de mettre en mots l’état de notre
réflexion sur nos pratiques, Pierre s’est mis à écrire
sur et pour les ateliers Varan. Toujours avec modestie - il interrogeait chacun
avant d’écrire - et avec clarté.
Son premier texte bilan sur ce qu’étaient les ateliers Varan, il
ne l’a écrit qu’au début des années 90 pour
Cinémaction. Cela s’appelait “Une expérience unique
au monde : les ateliers Varan“, rien de moins. À l’époque
c’était encore vrai.
Il revenait alors de l’atelier deTromsø en Norvège et son
texte était truffé de proverbes Sâme, dont l’indispensable
Vuolgget dal gal maid galgasi, arvvali currukge, go bikki darvvani. “Il
vaut mieux que je m’en aille maintenant, pense la mouche, qui s’était
pris les pattes dans le goudron.“
Mais il affirmait aussi “Si un documentaire est susceptible de produire
et de transmettre de la connaissance, c’est à la manière
d’un mythe.“ Belle définition du documentaire tel que nous
l’envisageons.
Et il concluait en parlant de Varan : “Nous sommes des empiristes : immergeant
nos étudiants dès le début dans une attitude pratique,
nous ne passons pas beaucoup de temps (peut-être pas assez…) à
nous interroger sur le documentaire tel qu’il est et tel qu’il devrait
être.“
La boucle était bouclée, Joli paradoxe du théoricien devenu
un chantre du pragmatisme.
Pierre a apporté à Varan sa réflexion sur le cinéma,
nous a aidés a investir (un peu) le champ théorique, en même
temps que lui-même a su partager notre goût de l’empirisme
et du passage à l’acte. Merci Pierre".
Séverin Blanchet